Ton sourire est un mirage.
Je suis rentrée. Il devait se reposer, il était si fatigué. Il s'est endormi, j'ai déposé un baiser sur sa joue, pris mes affaires, j'ai fermé la porte en prenant soin de ne pas faire de bruit, et je suis partie. Sur le chemin, j'ai croisé un couple, les deux amoureux semblaient heureux. Cette image m'a fait pensé à une aquarelle, un tableau, une oeuvre d'art, une preuve du bonheur. Le bonheur qui vous oubli, celui qui parfois vous frôle, et qui agit comme si il ne vous avait pas senti. Un instant, je les ai envié, et puis j'ai réalisé. Dans ce genre de situation, je suppose qu'il ne faut pas être quelqu'un de très émotionnel, on s'imagine, on est dans le rêve, le plaisir, le bonheur, et d'un coup, d'un seul et retombe, la réalité, et toute les horreurs qui construisent la vie. J'en arrive à dire que le monde me dégoûte. Notre existence est vouée au mensonge. Qu'on le veuille ou non, de notre enfance, aussi tendre eut-elle été pour vous, nous avons grandi dans le mensonge. On nous interdisait de sortir seul, les adultes prenaient pour cause le fait que nous étions encore jeune et que les grandes rues étaient pour nous un labyrinthe. Faux. Ils avaient peur, peur qu'un homme qui nous semblait sympathique nous embarque, nous traîne jusqu'à un bois, nous viole, et finisse par nous tuer. La routine d'un psychopathe qui n'a rien à faire de ses journées. Voilà un exemple. Mais regardez, il y en a tant. La plupart d'entre vous ont toujours vu leur enfance tel un doux souvenir, un album photo, votre premier petit vêtement, le premier vélo, la première sortie sans poussette. D'autres se contentent des choses qu'ils gardent au plus profond de leur coeur, leur coeur meurtrit, car pour eux, l'enfance est un vaste souvenir qu'il est lié à la peur, à la douleur.
Il est dix-neuf heures trente, je commence à préparer le dîner. Un plat qui sera divisé en plusieurs portions, une sera sur la table, aux côtés d'un couvert, les autres, dans le four, elles attendront. Assise dans la cuisine, le bruit des couverts contre l'assiette en porcelaine comble le silence qui se fait rapidement pesant, de temps à autre, le vent qui s'écrase contre les fenêtres. Parfois la pluie contre les carreaux, ou bien la cuisinière qui émet un bruit indescriptible. Rien d'autre. Sonorités habituelles, ou tout simplement, mon genou qui vient cogner contre la table, ma tête contre la porte du placard, mon pied contre une marche de l'escalier. Et ces multiples post-it collés sur la table voire sur la porte d'entrée. Les voisins finissent par penser que cet appartement est vide. Et moi, je vais finir par aller vivre ailleurs. Après avoir passé un certain temps dans ma chambre à faire mes devoirs ou tout simplement, à ne rien faire; malgré l'heure tardive, je décide d'aller faire un tour dehors, j'ai besoin de prendre l'air. J'enfile une veste, tout en sachant qu'elle ne suffira pas, j'aurai froid. Je claque la porte et sort de l'immeuble. Les mains dans les poches, je vais là où le destin m'attend. Il fait nuit noire, l'hiver domine la nature. Le arbres sont nus. Les rues sont vides. Et vous, dans une telle situation, vous auriez peur. Les adultes pensent bien faire en vous cachant la vérité dès le début, or mieux vaut la connaître dès les premiers instants, ainsi vous pouvez en apprendre un peu plus tout les jours, vous vous faites à l'idée que le monde actuel est ainsi, et que rien ne peux le changer. Il faudrait tout recommencer. Exposition révélée. Dois-je vous avouer, que j'ai peur aussi ? Sûrement, de nos jours, qui n'a pas peur ? Ma vie peut s'achever au coin de la rue, pourtant je vais jusqu'au bout cette rue, je risque ma vie ? Je la risque tous les jours, tout comme vous...
Je suis assise sur ce banc, dans ce parc, j'ai pour compagnie, la fraîcheur de cette saison. Il n'y a rien. Rien mis à part, une bouteille d'alcool abandonnée, des mégots de cigarettes achevées, des papiers usagés, une pollution démesurée. Je ne resterai pas longtemps, étant donné que le froid m'atteint plus rapidement que je ne l'imaginais, je décide rentrer. Les bras croisés en dessous de ma poitrine, comme pour provoquer un semblant de chaleur sur mon corps, j'avance tout en gardant une allure qui me permet de profiter de cet instant de liberté. Seule avec cette urbanisation, à cette heure, sans vie. Une fois rentrée, je me déshabille rapidement et prends une douche, après une petite toilette, je me couche. Minuit dix. Plus tard, j'attendrai la porte claquée, aux alentours de deux heures du matin peut-être, de la lumière, les escaliers qui grincent, l'eau qui coule, enchaînement de multiples sons, puis plus rien.
Je pars de la maison un peu en retard je dois dire. Du coup je marche plus vite, chose qui me réchauffe un minimum. Je marche, une pointe d'espoir. Qu'il aille mieux et que ce soit lui qui ouvre cette porte, puis ce portail, qu'il vienne déposer ses lèvres sur ma joue, puis que nous marchions côte à côte jusqu'au lycée ou il m'adressera l'habituel salut accompagné de notre point de rendez-vous, notre routine. Je traverse, longe le trottoir, une silhouette se tient déjà devant le grand portail, faisant mine d'attendre impatiemment.
- Dix minutes de retard, dit-il.
- En aucun cas je ne t'ai demandé de m'attendre.
- Non, mais mon frère oui.
- Tu as l'intention de faire tout ce qu'il te demandera ?
- Tout dépend des choses qu'il m'impose.
Je secoue la tête et me remets à marcher, lui à mes côtés. Je suis déçue, premièrement parce que si il n'est pas là, cela signifie qu'il ne va pas mieux, deuxièmement, parce que sa présence me manque, et troisièmement parce qu'en plus de ne pas être là, il se permet de m'infliger une telle compagnie.
- Tu sembles avoir froid.
- Qu'est-ce que ça peut te faire ?
- Je t'aurai bien prêté ma veste, mais j'ai froid moi aussi, et Bill ne m'a pas encore imposé ce fait, dit-il fièrement.
- Tes répliques sont de plus en plus intelligentes, dis-je en soupirant.
- Je suis intelligent.
- Nos points de vue sont différents.
- N'oublie pas de m'attendre pour que je t'escorte Line, dit-il avant de partir vers sa salle de cours.
Le trajet s'est déroulé bien plus rapidement que je ne l'imaginais, nous sommes donc arrivés au lycée très vite. Le voilà parti de son côté, moi du mien. Cette journée est la plus longue de la semaine, une des plus fatigantes. Je pense à ce soir, je compte passer voir Bill, profiter de sa présence, même si il s'est assoupi, juste, être avec lui, il me rassure, me fait reprendre confiance. Au cours de la journée, on nous confie divers devoirs, disertes, expressions écrites, voire quelques exposés, futures interrogations. Choses que les élèves sont habitués à avoir. Durant l'après-midi, mon professeur d'Arts est absent, ce qui me vaut deux heures libres, je décide de m'avancer dans mon travail, vu la masse de devoirs que nous avons, et voilà de quoi faire passer le temps. Les deux heures passées, je poursuis la journée comme elle se doit, et me rends à mes cours. Je suis rassurée quand je vois celle-ci s'achever, je sors du bâtiment et ne prends pas la peine d'attendre que ma soi-disant, "escorte", sorte de cours à son tour. Je marche, tout en sachant que malgré tout, il finira par me rejoindre.
- Quand te décideras-tu à m'attendre ?
- Hm... je fais mine de réfléchir. Jamais, je suppose.
Il soupire, je fais de même et nous poursuivons le chemin, en silence. Dans une rue, il croise un ami à lui, qui m'observe et l'interroge, sans gêne je précise, sur le fait que je sois là, avec lui. Il hoche les épaules et prétend que c'est une histoire qui concerne sa famille. Je reste perplexe par rapport à sa réponse que j'ai du mal à comprendre, enfin, j'oublie rapidement tout ça.
- Line, je peux te poser une question, me demande-t-il, l'air sérieux.
- Je t'écoute.
- Pourquoi n'ai-je pas le privilège de te voir sourire ?
- Un sourire se doit être sincère, un sourire est comme une récompense en quelque sorte. Pourquoi devrais-je te sourire ?
- Pour que je puisse te rendre ce sourire.
J'ai du mal à comprendre et mon visage doit me trahir. Il se met à rire. Quel idiot, moi qui pensais pouvoir le croire un instant, trouver en lui une part de sincérité. Voilà encore une erreur de ma part. Je ne lui cache pas le fait que je sois énervée, si bien qu'une fois la porte d'entrée ouverte, je le pousse de façon à pouvoir entrer avant lui. Je salue les parents, et file à l'étage. Je toque deux fois, et entre. Il dort, je m'installe tout de même à ses côtés, j'en oublie ma colère, je ferme les yeux et oublie la réalité un court instant. Une main vient caresser mes cheveux, je souris et ouvre les yeux, il sourit à son tour.
- Comment te sens-tu ?
- Pas très bien.
- Oh remets-toi vite...
- Je fais de mon mieux, dit-il en souriant.
- Je sais, lui dis-je en souriant à mon tour.
- Je suis content que tu passes me voir.
- Je suis contente de te voir, dis-je en lui attribuant mon plus grand sourire.
Il ferme les yeux, sur son visage, un sourire s'est dessiné. Je dépose mes lèvres sur sa joue tiède et lui glisse un "Dors bien" avant de partir.
Un second chapitre qui est un peu plus court que le premier. Un peu plus personnel, je parle vis à vis du personnage principal. Un état d'âme qui vous semble peut-être plus "sombre". Je tente de faire au mieux, que cela reste interessant tout en faisant avancer les choses. Je compte mettre en place les Lemons au plus vite, comme je vous l'ai dis précedemment. J'espère que pour l'instant, ce début vous plait.